Clélia Barthelon

Il me reste les cadres

2025 - présent

Peinture acrylique sur cadres de seconde main



Après avoir vidé plusieurs maisons, celle de mes parents, de ma grand-mère paternelle et de mon grand-père maternel, il me reste des photos et leurs cadres. Beaucoup de photos, et beaucoup de cadres, elleux-même ayant déjà dû vider des maisons et récupérer les photos et les cadres.

Les photos, on a envie de les garder, on y voit les personnes qui ne sont plus là et leurs proches, qui nous sont parfois inconnus mais on essaye de reconstruire le puzzle, en recoupant les visages familiers avec les dates inscrites au dos des tirages. Par contre, les cadres, quand ils ne sont pas à notre goût, on en fait quoi ?

Je n’arrivais pas à les jeter, surtout ceux qui étaient chez mes parents. J’ai retiré toutes les photos qui étaient à l’intérieur pour les mettre dans mes albums ou mes propres cadres mais il fallait que je me rende à l’évidence, j’avais vu toute ma vie la maison familiale décorée de certaines photos dans certains cadres, les deux étaient définitivement liés. Quand je regarde ces cadres vides, je vois la photo qui lui était destinée.

J’ai donc commencé une série de peintures où je reproduis des photos de famille directement sur ces cadres, y compris sur le verre. Ces photos sont celles de ma famille, dont il ne reste aujourd’hui que peu de représentant·es, donc je les immortalise. Lorsque j’ai fouillé dans mes albums pour trouver soit, les photos que j’ai toujours vues et que j’affectionne particulièrement, soit des images nouvelles qui m’attiraient particulièrement l’oeil, je me suis vite aperçue que toutes ces images avaient un point commun : la présence des animaux de la famille. J’ai grandi à la campagne, avec ma chienne et mes chats, mes parents avaient eu des enfances similaires et des images d’eux avec leurs propres animaux existent donc aussi. Quant à mes grands-parents, iels sont toustes enfants d’agriculteur·ices, ayant parfois gardé le goût de la présence d’animaux de la ferme chez elleux, comme mon grand-père qui a commencé sa vie comme berger en Algérie et qui l’a fini avec un petit troupeau de moutons dans le jardin, gardé par des ânes.

Je ne peins jamais l’intégralité de la photo, me permettant que composer une nouvelle image et de changer des détails. Le vide laissé permet aussi au spectateur·ice de se refléter dedans, comme si iel faisait partie de ma famille.


juin 1994 : Victorine et son chat à la Table en Savoie

2025

La première peinture de cette série en devenir que j’ai réalisée représente mon arrière-grand-mère, Victorine, que je n’ai connu qu’une année, alitée pendant ses derniers jours et accompagnée de son chat qui ne la quittait jamais.


sur un cadre en velours rose, une peinture d'un chat assis sur une table et d'une vieille femme allougé sur son lit, emmitouflée dans ses draps et son écharpe violette. La peitnure ne prends pas tout le cadre, le visage d'une femme se reflète dans la vitre, au dessus du chat.